Les maires font de la résistance

Ils sont maires depuis les années 1970 ou 1980 et briguent pour les municipales un énième mandat. Une longévité presque record pour des maires “accros” à leur ville et surtout au pouvoir.  

Affiche "Papy fait de la résistance" modifiée

Affiche “Papy fait de la résistance” modifiée

Ils s’appellent Michel Vallade ou André Toulouse, respectivement maires de Pierrelaye et Roissy-en-France. Ils sont à la tête de leur commune depuis 1977, année où Elvis nous a quitté et où la Russie s’appelait encore l’URSS. Il faut aussi parler de Patrick Balkany, arrivé à la mairie de Levallois-Perret en 1983, il y a 31 ans.

Depuis plus de trois décennies, ils s’accrochent à leur ville mais pour beaucoup, ce phénomène n’étonne pas car ces maires sont démocratiquement élus. Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, l’explique dans le JDD : « Un maire réélu, c’est plus la norme que l’exception. Dans toutes les villes de France, les maires font plusieurs mandats et, sauf accidents, sont souvent réélus. »

Pour Jean-Pierre Friedman, psychologue et auteur des essais Du pouvoir et des hommes et Du pouvoir et des femmes, la longévité des maires s’explique par plusieurs critères : « Pour beaucoup, la fonction municipale est vue comme un marchepied vers d’autres fonctions, comme un rôle dans l’intercommunalité. » L’arrivée à la mairie est un début dans l’ascension politique. C’est ce que vit Francis Delattre, maire de Franconville (Val d’Oise) depuis 1983. Parmi ses multiples fonctions, on compte celle de sénateur, de premier vice-président de l’Union des Maires du Val-d’Oise, de président du syndicat intercommunal des Buttes du Parisis ou de membre à la commission des finances. L’ambition est aussi sociale. Pour des paysans, des personnes issues de la classe ouvrière ou moyenne, devenir maire est une réelle ascension. « Les avantages personnels et financiers comme les indemnités, prononcer un discours devant une foule, ça frappe le narcissisme et ce n’est pas négligeable », souligne Friedman.

Pour d’autres, l’ambition est d’implanter sa dynastie au sein de la ville comme la famille Ceccaldi-Raynaud à Puteaux qui habite la mairie depuis 1969. La fille Joëlle a succédé à son père Charles en 2004. Conséquence directe : des conflits au sein de la dynastie et des habitants souffrant des querelles internes de la famille. Mais tous les maires ne se considèrent pas comme les propriétaires de leur ville. D’autres se voient en « père de la commune », explique Jean-Pierre Friedman.
Michel Vallade se représente à Pierrelaye (8200 habitants) pour un 7e mandat et s’il retourne en campagne, c’est surtout par passion : « Le mandat de maire est le plus intéressant car je suis sur le terrain, je touche à tout, je suis à la disposition des gens ». Retraité, il admet aussi qu’il ne se voit pas ne plus rien faire dans la vie.

Le désir du pouvoir

L’image du maire amoureux de sa ville sans but lucratif n’est pas unique. « Dans les plus grandes agglomérations, on ne parle plus de proximité. Le maire va être élu grâce à ses relations, qui pourront lui décrocher des subventions pour ses électeurs ». Pour Jean-Pierre Friedman, les moyens de pressions et les chantages ont un vrai rôle dans les réélections. L’Ile-de-France compte plusieurs maires trempés dans des affaires judiciaires. « L’ambition est pure, il y a ce désir de posséder le pouvoir » explique le psychologue.

Si leurs intentions sont différentes, ils ont tous le point commun d’être des hommes. Il y a plus de 30 ans, les femmes maires étaient rares. « C’était une période patriarcale » rappelle le psychologue. Aujourd’hui, elles sont de plus en plus présentes et dans trois décennies, certaines seront peut-être toujours au pouvoir.

Il manque à présent la catégorie des jeunes dans les mairies. Si Le Monde faisait le constat d’un « papy-booms des maires » en 2008, on peut espérer pour les élections de 2020 l’arrivée d’une nouvelle génération qui apportera peut-être une vision moins archaïque de la politique. Pour éviter que des villes ne connaissent que deux maires en 80 ans.

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